Les Spectacles

L’Ecrivain Public 2007 - 2010

Monstres à Domicile 2005

Divines Paroles 2005 - 2006

 

Lieux de Réprésentation

Le Théâtre Romain Rolland

Le Théâtre de Cachan, Le Théâtre de Corbeil Essonne, Le Théâtre 13, Le Théâtre de Lisieux, ATP de Biarritz – Le Casino, La Celle Saint Cloud

Circa Théâtre, Wellington Nouvelle Zélande

La Comédie de Picardie

 

En Tournée

L’Ecrivain Public

Mars 2010 Le Festival International des Arts en Nouvelle Zélande

2010/2011 - Tournée en France 

 

En Préparation

Dépossédé, de Juliet O’Brien

 


 

LEcrivain Public

de Juliet O’Brien

Un jeune homme, exilé de son pays, a besoin des services de l’écrivain public. Fasciné par l’énergie et l’idéalisme du jeune exilé, l’écrivain renaît et trouve le fils qu’il n’a jamais eu.

2

Un écrivain public, Monsieur Rouvesquen, habite à Feldhurke, capitale de Zurniken, pays riche et paisible. Tout en mettant sa plume au service des sentiments, des problèmes des autres, il vit lui-même en gardant une distance ironique avec le monde.

Un jour, un jeune homme franchit sa porte. Il s’appelle Lansko. Il vient de Morland, un pays sous régime totalitaire. Il est illettré et parle mal la langue de Zurniken. Il a besoin de Rouvesquen pour remplir une multitude de formulaires administratifs, pour l’assister dans ses démarches afin d’obtenir la citoyenneté de Zurniken, et pour entretenir une correspondance avec sa femme, également illettrée, qu’il a laissée derrière lui.

Malgré les souffrances qu’il a subies dans son pays, malgré un voyage périlleux et les efforts titanesques qu’il a dû déployer pour franchir la frontière de Zurniken, Lansko est l’incarnation de la jeunesse et de l’optimisme, qualités que le cynique Rouvesquen a perdues depuis longtemps. Petit à petit, Rouvesquen est séduit par le caractère du jeune homme auquel il s’attache malgré lui, alors qu’il ne s’est jamais attaché à personne jusque-là.

Les besoins de Lansko se multiplient et se compliquent, et ses rendez-vous avec l’écrivain lui coûtent trop cher. Rouvesquen lui propose alors, d’accomplir certains travaux chez lui en échange de son aide. Insensiblement, et malgré son expérience, Rouvesquen est conduit à jouer un rôle de plus en plus important dans le destin de Lansko. Les échanges entre les deux hommes deviennent de plus en plus profonds, leur relation se transforme en une relation père-fils inconsciente, à tel point que Rouvesquen perd peu à peu son objectivité dans l’exécution de son travail.

Un jour une lettre arrive de Morland, le pays de Lansko. Le contenu est tellement bouleversant qu’il va non seulement briser le cœur de Lansko mais aussi entraîner inévitablement la fin de ses rapports avec Rouvesquen. Celui-ci, ne pouvant se résoudre à transmettre l’information à Lansko, se met à lui mentir et, à dater de ce jour, il tisse une toile d’histoires imaginaires destinées à protéger le jeune homme, mais qui le rendent par ailleurs encore plus dépendant de ses services.

 

Note de mise en scène

1LEcrivain Public se situe dans un monde imaginaire néanmoins proche de nous de par sa culture et son époque. Ce parti pris a pour but de donner au public un certain recul par rapport au thème tout en lui permettant de se sentir concerné.

Initialement la scène sera divisée en deux, indiquant ainsi les deux mondes de l’exilé Lansko : celui qu’il a laissé derrière lui et le nouveau dans lequel il se trouve. L’espace se désintégrera au fur et à mesure de l’évolution et de l’ampleur des mensonges de Rouvesquen. Plus rien ne sera fixe. La fragilité grandissante de leur lien sera symbolisée par une perte de repères dans l’espace et par un démantèlement progressif des éléments du décor. Plus rien ne sera comme au début de l’histoire.

L’écriture réaliste de la pièce est servie par une mise en scène dans laquelle le texte est soutenu par un visuel fort et une imagerie poétique. Comme au cinéma, on se sert d’ellipses pour faire passer le temps, voyager dans le passé, illustrer un rêve. Ces ellipses sont signalées par un changement d’espace, un traitement musical ou l’intensification d’un geste pour créer un gros plan avant de présenter un nouveau décor.

Cette écriture réaliste, surtout au début de la pièce, sert à établir un monde reconnaissable et cohérent ; un ordre bien établi, des personnages situés dans un quotidien confortable et sans surprise. Au fur et à mesure de l’histoire, le dilemme de l’écrivain se transforme en cauchemar donnant lieu à une écriture et une mise en scène plus transposée. La scène se vide et le rythme du jeu et des scènes s’accélère renforçant la folie du mensonge qui consume l’écrivain.

La langue du jeune exilé Lansko est un langage inventé, hybride dont on ne discerne pas clairement les sources mais dont on comprend les intentions. L’invention de cette culture, sa langue, sa musique, ses coutumes permet de ne pas réduire ou figer la problématique de la pièce à un moment de l’histoire ou un contexte politique précis. Le public peut ainsi prendre une distance pour mieux cerner une problématique pertinemment proche de lui.

Celui qui possède l’écriture détient une part de pouvoir

L’écrivain public du passé était celui qui faisait le lien entre ceux qui savaient lire et ceux qui ne savaient pas, on lui confiait ses secrets et ses déboires, il jouait le rôle de confesseur, de défenseur, d’avocat et parfois de poète ; il était en quelque sorte le secrétaire du peuple.

Le statut de l’écrivain public a été transformé par les progrès de l’alphabétisation en Occident à partir du XIXe siècle. On pourrait donc croire que le rôle de l’écrivain public est devenu obsolète, mais on constate aujourd’hui que c’est un métier en pleine renaissance. Que ce soit pour rédiger un courrier dans le cadre de la recherche d’un emploi ou d’une démarche administrative, pour formuler une demande d’asile de la part de réfugiés pour qui la nouvelle langue du pays d’accueil représente une barrière infranchissable, ou pour écrire les biographies de ceux qui souhaitent laisser une trace, il est clair que l’écrivain public retrouve sa place auprès d’une clientèle plus hétéroclite qu’autrefois.

L’écrivain public est donc l’interlocuteur de l’espoir, un partenaire, un confident, qui partage la quête de ses clients et qui apporte une éventuelle solution à leurs problèmes.

Dramatiquement ce personnage permet d’ouvrir une porte sur un monde intime et nous offre ainsi un reflet de la société. Par cette porte on découvre une grande humanité. Les êtres, affaiblis par des épreuves, se montrent à la fois fragiles et déterminés. Ces histoires intimes révèlent chez certains des souvenirs, chez d’autres des rêves qu’ils souhaitent voir se réaliser. C’est alors que l’intervention de l’écrivain public peut jouer un rôle déterminant dans le destin de chacun. Les conséquences de son travail peuvent améliorer ou enrichir une vie.

 

Lexil

3Cest une histoire d’exil. Quel exil ? Plusieurs : l’exil de celui qui quitte tout ce qu’il aime dans l’espoir de mener une vie meilleure et de la partager avec ceux qui lui sont chers ; l’exil de celui qui se retire du monde, qui se déresponsabilise en abandonnant toute idée d’utopie, toute foi dans l’être humain; l’exil de ceux que leurs peurs et leurs angoisses empêchent d’affronter leurs problèmes et qui - exilés de leurs propres mots – doivent passer par un intermédiaire.

« L’écrivain Public » raconte aussi une grande histoire d’amour : l’amour qu’un jeune homme a pour sa femme et le pays qu’il laisse derrière lui, l’amour qu’il a pour la vie elle-même en croyant pleinement à la possibilité de renaître ; l’amour né de sa rencontre avec celui qui ne croit plus en rien et revit face à ce jeune homme qui défie le sort.

Dans lexil, il y a quelque chose qui pousse vers l’avant et parfois une petite ficelle qui tire le cœur en arrière. On oscille entre les possibilités du futur et la puissante nostalgie des racines. Pour celui qui jongle avec ces forces, le chemin ne sera jamais simple, et ce d’autant plus si le choix est forcé. Le souvenir du bonheur absolu est souvent le lieu où a été vécue l’insouciance de l’enfance : s’arracher de ce lieu n’est jamais un choix facile.